VASYANOVYCH SUR LA ROUTE DES OSCARS

BLACK LEVEL, LE NOUVEAU POLAR DU REALISATEUR UKRAINIEN, EST EN LICE POUR LE MEILLEUR FILM ETRANGER AUX COTES DE 91 AUTRES PROJETS.

C’est donc Valentyn Vasyanovych, chef de file de la Nouvelle vague ukrainienne, qui représentera l’Ukraine et se confrontera aux 91 autres productions non américaines qui tenteront de faire partie des films retenus en sélection officielle de la 89e cérémonie des oscars, dans la catégorie du meilleur film étranger. Pour la première fois donc, il foulerait les marches du Dolby Theater de Los Angeles. A 35ans et seulement trois longs-métrages à son actif, ce n’est pas rien. Et pas étonnant non plus.

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Valentyn Vasyanovych, c’est un nom, un talent et une promesse. Aux côtés d’Oles Sanin, Sergueï Loznitsa et Roman Bondarchuk, il alimente le renouveau du cinéma populaire ukrainien, celui qui s’approprie les codes des productions occidentales pour les revisiter. On ressent chez Vasyanovych l’empreinte de Daren Aronofsky ou de James Gray – lui-même originaire d’Ukraine : un goût immodéré pour les violences sourdes et invisibles, et une fascination pour la crudité des rapports humains. Comme on ressent la patte de Gaspar Noé chez Myroslav Slaboshpytskiy. Ce dernier, autre grand nom du nouveau cinéma ukrainien, avait lui-même tenté l’aventure hollywoodienne en 2014 avec son très remarqué The tribe (Grand prix de la semaine de la critique au 67e festival de Cannes – rien que ça), avant de s’incliner devant The guide d’Oles Sanin, finalement retenu par l’Académie des Oscars pour représenter l’Ukraine.

Avec la nomination de Black Level, le pays revient donc une nouvelle fois à la charge avec un projet de taille. Primé au 8e festival d’Odessa (Prix FIPRESCI), Black Level met en scène Kostya, un photographe de mariage qui traîne l’insipidité de son existence au fil des célébrations heureuses. Comme la plupart des films autoproduits (un budget de 10.000$), Black Level fait preuve d’une mise en scène ingénieuse et d’une liberté artistique aussi brillante que provocante. De longs silences ponctuent les dialogues et accentuent la pauvreté des relations humaines. La photographie privilégie les cadres larges et souligne la perdition du protagoniste dans une mégalopole soviétique tentaculaire et décharnée.

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Vasyanovych fait ruisseler une tristesse corrosive sur chacun de ses plans, avec une maestria inégalée. Nous n’avions pas prévu de Prozak en début de séance. Nous l’avons amèrement regretté.