AYA CISSOKO, SANG D’ENCRE

DANBE, DE LA BOXEUSE AYA CISSOKO, RACONTE L’HISTOIRE D’UNE ENFANT QUI CULTIVAIT PLUS LE GOUT DE LA DOULEUR QUE CELUI DU TRIOMPHE.

Aya a commencé la boxe à 8 ans. Sa mère les inscrivait, elle et son frère à toutes les activités périscolaires possibles, et notamment sportives. Sans doute pour les tenir loin de la rue, dans ce XXe arrondissement qui en a vu quelques uns se perdre. Mais peut-être aussi pour occuper leur quotidien marqué par le drame de la rue Tlemcen et la disparition de 3 membres de leur famille. Remplir l’emploi du temps: ici, la gym, le judo, le tir à l’arc, le volley-ball. Là, le hip-hop. Et enfin la boxe. C’était faute de mieux faire barrage au vide dont ils commençaient à peine à mesurer l’ampleur.

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Mais ce drame, s’il est important pour comprendre le parcours d’Aya, n’est pas le propos principal des livres qu’elle a écrit une fois sa carrière sportive terminée. Danbé n’est pas un récit de deuil. Pas plus qu’il n’est est une histoire de boxe. Danbé est l’histoire d‘une résilience. C’est ce qui en fait un excellent livre: tout individu, tôt ou tard se voit confronté au drame ou à l’injustice. La force est de savoir alors, non seulement faire face mais aussi éviter de se complaire dans la douleur. Pour plutôt se tourner vers les motifs d’aller de l’avant, pour raconter le retour à la vie. Dans le cas, extrême des Cissoko, c’est longtemps la rage et l’envie de se battre qui ont été les moteurs d’Aya. Ses combats sur le ring de Ménilmontant et ses premiers titres de championne de France faisant écho à la lutte de longue haleine de sa mère Massiré menait pour faire valoir leurs droits à une indemnisation et à un relogement suite à l’incendie criminel.

De personnel, le roman devient social lorsqu’au même moment, Aya découvre la sociabilité propre au monde de la boxe, et qu’elle redécouvre une partie de sa culture malienne avec le remariage de sa mère avec un marabout très consulté. Le défilé des clients, des mères de familles aux prostituées en passant par les quidam simplement curieux, donne l’occasion à la future romancière de rencontrer une galerie de personnages hauts en couleurs. Surtout elle renoue avec la langue de ses parents, et avec les traditions qui s’y attachent. Traditions sur lequel elle conserve un recul et un discernement hérité de sa mère. Toutes les deux échaudées par le rejet auxquelles elles ont fait face, l’une lorsqu’elle a fait savoir son choix d’élever seule ses enfants, et l’autre quand elle s’est lancée dans la boxe.

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Par Pierric FRAIZY